Tenter de vivre

Ce matin, je suis tombée sur une vidéo du comédien et humoriste Hasan Minhaj1 partagée par Tatiana Mac qui résonne encore en moi au moment où j’écris.

Il revient sur la raison pour laquelle il a enfin décidé de corriger la prononciation de son nom alors qu’il était l’invité de l’institution qu’est l’émission d’Ellen DeGeneres aux États-Unis.

Américaniser (ou franciser) son prénom ou son nom est une pratique courante pour mieux s’intégrer et éviter d’être remarqué·e. Mon grand-père a choisi des prénoms français pour mon oncle, mes tantes et ma mère. Encore aujourd’hui des parents racisés craignent de donner un prénom qui ne soit pas français à leur enfant. Surtout se fondre dans la masse et être invisible.

Par chance, mon prénom est à la fois français et croate. Je ne vis pas au quotidien avec un prénom écorché régulièrement. Mon nom par contre, c’est une autre histoire.

Partiellement francisé, car l’état civil ne savait pas comment mettre l’accent diacritique2 sur le ć et imprononçable pour la plupart des gens, j’ai longtemps renoncé à le prononcer correctement ou corriger les gens pour ne pas attirer l’attention et ne pas perdre de temps au quotidien avec des discussions inopportunes.

Aujourd’hui, j’opte encore souvent pour la facilité, mais j’essaie de donner mon vrai nom plutôt que sa version bretonnisante. Désormais, je veux le faire systématiquement pour éradiquer ce petit renoncement quotidien de ma vie et réaffirmer une part de mon identité.

Hasan Minhaj raconte que suite à son passage chez Ellen, son père était furieux qu’il la reprenne sur la prononciation de son nom et qu’il se soit fait remarqué. Il dit ensuite quelque chose de très beau sur la différence entre la génération de ses parents et notre génération.

“I think that’s like the big difference between our generation and our parents’ generation. They’re always trying to survive. […] But I’m trying to live.”

@hasanminhaj

La vie de nos parents immigrés3 a le plus souvent été remplie de renoncements et de sacrifices pour s’intégrer et s’assurer que leurs enfants vivront mieux qu’eux.

La plus belle des reconnaissances que nous pouvons leur témoigner est de tenter de vivre pleinement et fièrement.


  1. La vidéo est sous-titrée ❤️ ! C’est encore trop rare pour être souligné… ↩︎

  2. Les choses n’ont que peu évolué et vous rencontrez peut-être les mêmes difficultés que Stéphanie Walter et moi. ↩︎

  3. Le podcast Kiffe ta race (pas de transcription disponible, malheureusement…) a rendu un très bel et touchant hommage à nos parents immigrés à travers les témoignages de Fatima Aït Bounoua, Grace Ly et Rokhaya Diallo. Je m’y suis beaucoup retrouvée. ↩︎

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