Choisir ses outils numériques : critères d'analyse

L’angle spinoziste pour réfléchir à son rapport au numérique est extrêmement riche et je vous invite à creuser le sujet.

Je fonctionne de manière instinctive habituellement et jusqu’à récemment, je prenais le temps en me disant que ça ne coûte rien de tester. En fait, si1.

Aujourd’hui, je voudrais lister les critères concrets qui m’aident à déterminer si un outil/service me retire ou procure de la puissance avant d’y consacrer du temps et de l’argent le cas échéant.

Libre ou propriétaire

Les outils numériques que nous utilisons ne sont pas neutres. Derrière eux, il y a des projets de société, des philosophies et des valeurs différentes.

Je cherche à privilégier dans la mesure du possible les solutions libres parce qu’elles correspondent à une éthique et un idéal auxquels j’adhère. J’opte encore néanmoins pour des solutions open source ou propriétaires lorsqu’elles me semblent plus efficaces et agréables à l’usage.

Voir « En quoi l’open source perd de vue l’éthique du logiciel libre » de Richard Stallman.

Je manque la plupart du temps de compétences ou de temps pour étudier ou modifier le code d’un logiciel ou d’une appli web, mais le fait que ça soit possible constitue un critère important.

Cela permet de l’adapter à mes besoins (ou de trouver des adaptations qui me correspondent mieux). Cela me procure aussi une certaine garantie (si je ne suis pas en mesure de vérifier qu’il y a un mouchard, d’autres plus compétents s’en sont chargés).

Vie privée & économie de l’attention

Le capitalisme numérique se nourrit de nos données personnelles pour mieux nous comprendre et nous profiler afin de nous influencer et nous inciter à consommer. Non contentes des données qu’elles engrangent, certaines sociétés s’efforcent de vous rendre accro à leurs plateformes et leurs contenus.

C’est insidieux. On a tendance à minimiser l’importance et la gravité de la manipulation parce que nous ne mesurons pas l’ampleur des dérives.

Une bonne raison de se réjouir que le RGPD ait réussi à voir le jour2, même si en France nous étions déjà bien protégés.

Si j’étais déjà farouchement opposée à la publicité et aux notifications sonores, ma prise de conscience sur ces deux points est assez récente. Je travaille à réduire au minimum les outils qui ne les respectent pas.

Quelques ressources sur le sujet :

Interopérabilité

L’interopérabilité en informatique3 est un critère essentiel pour ne pas dépendre d’une plateforme ou d’un outil.

Concrètement, je veux être en mesure d’exporter mes fichiers ou mes données dans un format lisible et exploitable afin d’en rester maître et d’utiliser un autre logiciel.

Hors de question d’être bloquée quelque part ou de tout perdre parce qu’un service a décidé de fermer la porte.

Complexité technique, documentation & communauté

Je suis très loin d’être une power user. Si je fais figure de référence pour des membres de ma famille ou des ami·es, je suis une sorcière de bas niveau au pays des thaumaturges geeks.

Même si je peux utiliser la ligne de commande ou des raccourcis clavier au quotidien, je préfère souvent ce que certains appellent péjorativement des clicodromes. Vive l’interface graphique4 qui a permis aux moldus d’utiliser l’informatique.

J’ai également besoin que l’outil en question soit correctement documenté (et si possible pour un public de non-développeurs). Je ne compte plus les outils que j’ai essayé d’installer en suivant des tutoriels où il manquait des étapes évidentes pour un développeur.

Je privilégie donc tout ce qui s’installe ou se configure sans lourd prérequis technique, rapidement et simplement, avec une bonne documentation5 (❤️ Dotclear) en cas de pépin ou éventuellement d’une communauté d’utilisateurs à qui poser des questions6.

Exit tous les outils qui nécessitent un serveur dédié7 par exemple ou dont je ne comprends même pas la documentation.

Bien-être

Plus spécifique aux réseaux sociaux (et éventuellement aux jeux vidéos en ligne) sans doute et difficilement objectivable et définissable, la notion de bien-être.

J’ai écarté tout ce que je considère néfaste. C’est personnel, je ne m’étendrais pas forcément, mais je souhaite donner un exemple.

Beaucoup de monde apprécie Instagram. Je trouvais ça super jusqu’à ce que progressivement, je ne sais pas pourquoi, ce réseau me répugne. J’ai arrêté d’utiliser mon compte pour finalement le supprimer définitivement cet été.

Quelques pistes sur les fonctionnalités qui semblent contribuer à mon bien-être en ligne :

  • Absence de compteur (likes, partages, abonnés) : la disparation des métriques est extrêmement libérateur.
  • Possibilité de filtrer et bloquer des contenus des personnes : je ne m’en sers pas énormément, mais après quelques crises d’angoisse violentes, j’y songe.
  • Maîtriser son flux/sa timeline : ordre chronologique (et rien d’autre !) & possibilité de sauter les contenus/messages.
  • Gestion fines des notifications : à titre d’exemple, j’ai retiré les notifications (sonores et visuelles) de partage et de favoris sur Mastodon.

Ça m’intéresse beaucoup d’avoir des retours sur les critères qui motivent vos choix d’outils ou de services.


  1. Je vieillis (et je grandis). Je n’ai plus envie de passer autant de temps à configurer, tester et bidouiller pour rien. Je veux que ça fonctionne et pouvoir me concentrer sur autre chose. 

  2. Je vous conseille le documentaire « Democracy : la ruée vers les datas » qui retrace l’histoire de ce règlement et le travail de son rapporteur Jan Philipp Albrecht. C’est passionnant. C’est également l’occasion de voir les mécanismes européens en action. 

  3. L’article Wikipédia sur le sujet est très intéressant et me semble plutôt complet. 

  4. Une interface jolie (ou facilement personnalisable) et ergonomique apparaît comme un plus non négligeable, mais non déterminant pour moi. 

  5. Depuis toute petite, j’adorais (ceci est un euphémisme) lire les manuels d’utilisation, modes d’emploi ou notices, puis j’ai découvert la documentation informatique. Plus sérieusement, une bonne documentation est vitale et trop souvent négligée. 

  6. Je n’utilise cette possibilité qu’en dernier recours, sans doute parce que je suis un être têtu et borné, qui préfère s’acharner et trouver la solution toute seule. 

  7. Apprendre à gérer son serveur dédié me permettrait de gagner en puissance, mais le prix à payer en temps passé me semble trop important pour un gain marginal. 

Ce billet est accessible à l’adresse suivante :
https://bribesdereel.net/post/2018/08/29/choisir-outils-numeriques-criteres-analyse

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