Réfléchir à ses usages numériques : un privilège.

Je mûris depuis un certain temps une réflexion sur mes usages numériques.

Comme souvent, j’ai besoin de poser les choses par écrit pour y voir plus clair. C’est encore embryonnaire, j’enfoncerai sans doute des portes ouvertes, mais c’est le cheminement plus que les solutions qui importe.

J’ai longtemps testé avec curiosité, enthousiasme et insouciance de nombreux services sans me poser de question sur la pérennité de mes données et l’usage qui en était fait par ces plateformes. Ah j’étais jeune et naïve.

Peut-être que si je n’avais pas ce blog ou si je ne travaillais pas dans le web, en serais-je encore là.

Il me semble que réfléchir à ses usages numériques est un privilège et qu’il est important d’en être conscient et de le comprendre.

Depuis quelques années, les critiques et récits de déconnexion fleurissent. La digital detox est à la mode, avec son lot d’injonctions simplistes, infantilisantes et insupportables.

Arrêtez de perdre votre temps sur Internet dit-elle sur son site web et ses réseaux sociaux… Je considère le numérique comme une chance et j’ai une réaction épidermique à chaque fois que je tombe sur des billets de ce genre.

Au-delà du boulot, je passe beaucoup de temps sur le web. C’est une partie de moi, j’ai grandi avec et rencontré des gens que je n’aurais sans doute jamais pu croiser dans ma vie autrement.

J’observe que c’est le cas pour de nombreuses jeunes personnes appartenant à des minorités peu ou pas du tout représentées dans la société. Elles ont des pratiques nouvelles et créatives du numérique et c’est réjouissant1, n’en déplaise à qui pense que c’était mieux avant.

Je m’inquiète par contre comme beaucoup2 de la prédominance écrasante des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) dans nos vies numériques et les risques liés. Plus que le temps passé sur Internet (de quoi je me mêle, non mais), ce sont les conditions de nos usages qui constituent le véritable enjeu.

Choisir d’arrêter d’utiliser Facebook, Twitter, etc. ou prendre le temps d’essayer des alternatives aux GAFAM est un privilège social énorme :

  • savoir (sensibilisation sur les problématiques de vie privée, connaissances techniques) ;
  • réseau (amis prêts à me suivre ou à m’aider) ;
  • moyens (argent, temps, énergie).

Enfin et surtout, je n’ai pas à me demander si ces alternatives sont accessibles et si je vais réussir à les utiliser avec mes technologies d’assistance3.

Les raisons pour ne pas franchir le pas sont nombreuses et l’on devrait toujours chercher à comprendre un usage plutôt que de le critiquer ou le dénigrer4.

Si je résume les premières étapes indispensables à la réflexion à mon avis :

  • Arrêter de croire que nos usages et nos habitudes sont supérieurs aux autres et peuvent être généralisés.
  • S’abstenir d’émettre des jugements de valeur qui n’ont pas lieu d’être.
  • Prendre conscience que nous sommes extrêmement privilégiés d’être en mesure de réfléchir à nos pratiques numériques.

  1. Je me méfie de cette nostalgie d’un âge d’or du web. Elle me semble illusoire et relevée de l’entre-soi. Ne parlons même pas de ceux qui pensent qu’Internet, c’est Satan. 

  2. Je ne développe pas et vous renvoie à l’excellent travail de La Quadrature du Net et de Framasoft

  3. Vaste sujet qui mériterait un ou des billets à lui seul. L’accessibilité est malheureusement souvent oubliée dans la lutte contre les GAFAM et les logiciels propriétaires. Des alternatives, mais seulement si tu n’es pas handicapé·e… 

  4. J’en ai, je pense, été maintes fois coupable et je le regrette. 

Ce billet est accessible à l’adresse suivante :
https://bribesdereel.net/post/2018/08/22/usages-numeriques-1

4 commentaires

  • 1

    Très intéressant ce billet, effectivement il y a beaucoup de présupposés sur le sujet et ta conclusion remet bien les choses en perspective !

    Je crois bien que c’est mon premier commentaire ici, depuis le temps que je te le lis… honte à moi ^^

    Laure

    Le 26 août 2018 à 15:03

  • 2

    Merci beaucoup !

    Et bienvenue \o/

    Llu

    Le 27 août 2018 à 17:48

  • 3
    Rétrolien :

    Spinoza pour penser notre rapport au numérique

    (…)

    Source : Spinoza pour penser notre rapport au numérique

    Le 27 août 2018 à 20:37

  • 4
    Rétrolien :

    Revue de web – été 2018 • Inspiration • La Lune Mauve

    (…) Internet : Réfléchir à ses usages numériques : un privilège. La digital detox est à la mode, avec son lot d’injonctions simplistes, infantilisantes et insupportables. (…) Je considère le numérique (…)

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