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Economie, Lordon et Spinoza.

Hier soir, après mon billet, j’arrivais pas à dormir. Ou plutôt, j’avais pas envie.
Alors, je suis allée sur ma nouvelle came, Arrêt sur images.

Me suis bien marrée avec la chronique de Didier Porte sur l’émission de télé-réalité politique parce que mieux vaut en rire qu’en pleurer. Je ne me sens absolument pas représentée par ces jeunes, est-il utile de le préciser. Triste tout de même de voir ce mimétisme ridicule des hommes politiques dans ce qu’ils ont de pire.

Mais surtout, j’ai appris que mon économiste contemporain préféré [1], Frédéric Lordon, que j’ai découvert à travers Le Monde diplomatique et son blog La pompe à phynance, était passé chez Arrêt sur Images en 2010 pour une émission d’1h30.

Je vous conseille vivement de regarder cette émission qui mérite le détour et que je trouve fichtrement stimulante.

Quelques remarques en vrac :

  • Spinoza, c’est une lecture difficile mais passionnante.

Parmi tous les philosophes, c’est lui qui m’a le plus marquée. Découvert en hypokhâgne à travers l’Éthique, que le site Spinoza et nous m’avait beaucoup aidé à appréhender. J’avais téléchargé alors l’Éthique en pdf parce que je trouvais plus pratique de naviguer dessus qu’avec mon édition énorme, parce que bilingue, de l’Éthique chez Poche. A l’époque, David Bosman, pour moi c’était “juste” le type qui avait numérisé l’Éthique. Drôle de hasard. Plus tard, je le rencontre à travers son blog via MacG. Le temps est passé par là. Je ne fais pas le lien. Et hier, je télécharge le pdf à nouveau et soudain le lien se fait ! [2]

  • Économie et les autres sciences humaines : Si vous avez accès au contenu de @si, Lordon, sur les sciences humaines et l’économie en particulier (Acte 1), met le doigt sur ce complexe d’infériorité des sciences humaines face aux sciences “dures” qui est peut-être le plus flagrant dans le domaine économique.

Dans le monde universitaire, on insiste si lourdement sur le côté scientifique, objectif de nos démarches (que ce soit en histoire, science politique, philo, lettres pour parler de ce que je connais un peu) que je ne peux pas m’empêcher d’être exaspérée par cette attitude défensive qui ne veut pas voir les spécificités des sciences humaines et sociales [3]. Je me doute que cette position est renforcée par les discours ambiants sur la prétendue inutilité des études d’histoire, de philo, de linguistique, de lettres anciennes et modernes, etc. A côté de ces matières “qui ne servent à rien”, l’économie, peut-être gonflée de l’importance que lui accorde notre société, cherche à se démarquer de ces gueuses consœurs et me semble parfois un brin méprisante à leurs égards.

Alors le fait que Lordon emprunte à la philosophie et à Spinoza. Je trouve ça particulièrement intéressant parce que j’aime lorsque les disciplines se croisent. C’est le plus souvent enrichissant et j’aurai tendance à penser complémentaire. Mais vous avez devant vous, une éternelle indécise curieuse, touche à touche, spécialiste de rien, qui aime la pluridisciplinarité et qui aurait volontiers passé plusieurs années en hypokhâgne.
Je serai bien incapable de parler aussi bien de Spinoza (parce que je connais encore mal sa pensée) et je vous renvoie à ce qu’en dit Lordon rapporté à l’économie. Mais vraiment, c’est stimulant intellectuellement. C’est l’économie telle que j’aimerais qu’on nous en parle en cours.

  • « un texte qui s’adresse aux dominants, alors qu’il dénonce les rapports de domination »

Décidément. Une émission qui aborde plein de points qui me tiennent à cœur.

Parfois, souvent. Je trouve que nombreux sont ceux qui parlent ou écrivent tout en excluant les non-initiés ou ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir une “bonne” éducation [4] Je me rappelle encore de la remarque exprimée par un camarade de classe particulièrement intelligent et brillant pourtant en Tle à notre prof de philo. Grosso modo, c’était pourquoi donc les philosophes s’amusent-ils à utiliser des concepts inintelligibles au commun des mortels. C’était à propos du concept d‘extranéité chez Hegel, peu importe. Je partageais son opinion un peu naïve [5] à l’époque. On a pas mal changé depuis tous les deux et compris l’importance des concepts et du sens contenu dans un mot.

Et donc, pour en revenir à Lordon, qui est ardu à lire très souvent ; j’ai trouvé son explication sur le choix de sa façon de s’exprimer (latinisme, termes complexes) convaincante même si sa pensée est du coup difficile à comprendre et à faire partager. En éternelle optimiste, je me dis toutefois que ce n’est pas plus mal qu’il ne nous livre pas sa pensée en bouillie prémâchée et une fois qu’on commence, c’est vraiment agréable de réfléchir [6]. Et plutôt que de se mettre à niveau des autres, son discours est, je pense, pile à la frontière, ni trop savant ni trop vulgarisé. Ça oblige à faire des efforts mais après tout, on a rien sans y mettre un peu du sien.

Me reste plus qu’à lire ses ouvrages et ceux de Bourdieu (parce que oui, j’ai jamais lu Bourdieu et je pense qu’il n’est pas trop tard pour s’y mettre. En plus, je soupçonne que ses idées me plairont bien.).

Bon et j’ai encore écrit plus que ce que je pensais écrire. Mais pourquoi les mots ne me viennent pas aussi facilement pour mon mémoire ! Raah… C’est encore décousu, mais je crois que vous devrez vous habituer à ce genre d’écrits pour l’instant.

P.S. : J’ai pas relu (je le ferai plus tard). Je sais c’est pas bien. Soyez cléments et ne me jetez pas au bûcher de l’orthographe et de la grammaire.

Edit : Je ne sais pas si vous avez déjà eu des spams philosophes. Moi, oui. J’espère que la mention de Spinoza ne les réveillera pas. Et hop, un petit lien vers un délire que j’assume encore.

Notes

[1] C’est lui qui m’a vraiment fait découvrir à quel point l’économie, c’est intéressant même si difficile.

[2] Pourquoi je raconte ça ? Juste parce que ça m’amuse de voir qu’indirectement une personne, que je suis la plupart du temps silencieusement sur son blog depuis un bout de temps, avait déjà influé sur ma petite existence. Et là, vous découvrez que je lis plein de blogs et sites que je n’ai pas mis en lien.

[3] Humanités, c’était pas plus beau quand même ?

[4] Je ne sais pas si j’y suis d’autant plus sensible que mes parents n’ont pas eu la chance d’y avoir accès. En tout cas, s’il y a une chose que je déteste, c’est la condescendance moqueuse de certains spécialistes ou juste des plus/mieux éduqués. Et j’ai vraiment pas envie de devenir comme eux.

[5] En effet, je crois que nous n’envisagions que l’angle de l’accessibilité. En tout cas moi. A mes yeux, j’étais bourdieusienne sans le savoir il faut croire, l’usage de termes complexes était avant tout un moyen de rendre inaccessible à une grande partie de la population la réflexion philosophique. Ou encore une marque de pédantisme que je trouve affreusement horripilant. J’étais persuadée qu’il était possible d’exprimer les mêmes idées en des termes plus simples. Avec le recul, je me dis heureusement que ces mots et ces concepts existent ! Parce que novlangue pas loin. Ben oui, affreux, c’est pareil que moche non ? A quoi bon avoir encore le mot affreux dans notre vocabulaire ? Bref, vous voyez l’idée.

[6] En plus les courbatures du cerveau et des neurones, ça n’existe pas !

2 commentaires

1

Spinoza, c’est une lecture difficile mais passionnante.

Tellement. Je le lis depuis 20 ans, sans espoir (ou crainte !) de jamais l’épuiser.

(Sinon, de mémoire, nous sommes plusieurs à l’avoir numérisé ;))

David Bosman (juste le type)

Le 15 avril 2012 à 17:23

2

Dans Calibre, seul votre nom apparaît :)

Llu

Le 15 avril 2012 à 20:45

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