Entre un 26 et un 27 décembre.

Composition (détails)
Composition (détails) par Ivan Klium.

Après avoir publié ma réflexion en cours sur comment conserver une trace de mes lectures, j’ai quitté mon clavier pour commencer Les Choses de Georges Perec. Enfin.

Ce petit livre de 170 pages en comptant l’annexe1 attendait le bon moment pour être lu depuis plusieurs années. Je crois beaucoup à l’instant propice pour rencontrer une œuvre. Il faut être disponible.

Pendant cette période de butinage littéraire intense qu’a été l’hypokhâgne2, soit il y a bientôt 11 ans désormais, je découvre Perec avec son roman La Vie mode d’emploi.

Le roman faisait partie de cette longue liste de livres à lire/à avoir lu, recommandés par notre professeure de littérature. Depuis longtemps égarée, cette liste a rythmé mon année d’hypokhâgne pour rattraper ce qui me semblait d’évidentes lacunes. Certains élèves cochaient déjà tant d’apparentes bonnes cases. Leur capital culturel était si écrasant. Plutôt que de voir avec joie des livres déjà lus et aimés dans la liste, je ne voyais alors que ces noms étrangers que je n’avais jamais entendus ou vus.

Des livres que j’ai lus cette année-là, je peux encore en citer une poignée3 qui je le sais m’ont marquée, bouleversé et enrichie. Et pourtant, les intrigues et les mots se sont depuis longtemps envolés et je suis pour la plupart incapable de vous les résumer ou de vous expliquer pourquoi ils ont suscité une si vive émotion chez moi pour que je m’en souvienne encore. La Vie mode d’emploi ne fait pas exception.

Je crois que cela tient à ma manière de lire. Je dévore les livres lorsqu’ils me happent.

Une fois lancée, je lis généralement d’une traite. Le temps s’arrête et le réel n’a plus de prise ou presque sur moi. C’est une expérience intense, grisante et épuisante. M’arracher des pages restantes a longtemps été une violence impossible. Je ne m’y résous encore que très rarement. Alors, je lis moins et plus petit. D’où Les Choses.

Comme le prédisait la personne qui me l’a conseillée, le roman m’a beaucoup plu. Étourdie par la longue description d’objets des premières pages4, soudain une phrase de Perec me frappe, voire, elle me percute, tant elle me semble vraie et exprimer si justement les choses. Et d’autres ensuite. À dessein.

[…] toutes les idées que j’ai quand je suis en train d’écrire un livre sont inutiles si je ne parviens pas à les transformer en mots, en phrases, qui vont frapper le lecteur et qui vont produire sur lui une impression que je ne peux pas décider à l’avance mais que je peux essayer, disons, de dessiner.

J’ignorais que j’allais suivre avec intérêt la vie d’un jeune couple médiocre et velléitaire, Sylvie et Jérôme, en quête de bonheur, en plein essor de la société de consommation.

[…] je ne suis jamais parvenu à savoir si mon livre se termine d’une manière heureuse ou malheureuse. dit Perec de son roman.

Je suis bien incapable de me prononcer sur la vie de Sylvie et Jérôme. Par contre, je suis certaine de vouloir continuer à découvrir les œuvres de Perec. En espérant que la prochaine rencontre se fasse plus vite qu’entre La Vie mode d’emploi et Les choses.


  1. « Pouvoirs et limites du romancier français contemporain », transcription d’une conférence passionnante donnée par Perec où il parle de son expérience d’écrivain, de l’ironie, des emprunts aux autres écrivains, des citations, entre autres choses. ↩︎

  2. En khâgne, le butinage a été remplacé par un gavage forcé de connaissances prémâchées pour LE concours. ↩︎

  3. Prépa littéraire oblige, ce sont des classiques de la littérature française. Illusions perdues de Balzac, L’homme qui rit et Les Misérables de Victor Hugo, L’éducation sentimentale de Flaubert, Le temps retrouvé et ensuite Du côté de chez Swann de Proust. Oui, dans cet ordre, le dernier tome avant le premier tome de La Recherche du temps perdu. J’ai lu ensuite les autres tomes de la Recherche plus tard et j’aimerais beaucoup y retourner. ↩︎

  4. J’ai bien cru abandonner la lecture à ce moment-là, tant cette succession d’objets décrits restait abstraite et énergivore. Imaginer, c’est-à-dire de créer des images mentales, m’est très difficile. Les mots lus ne se transforment jamais ou presque en images. Cette incapacité est joliment nommée l’aphantasie. ↩︎

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