Lectures de 2020

Lire plus, c’est l’une des rares résolutions que j’ai tenue en 2020, malgré avoir réellement commencé à lire à partir du mois d’août.

Depuis l’année dernière, pour garder une trace de mes lectures, j’utilise à la fois Livres et Day One.

L’application d’Apple me permet de synchroniser mes lectures numériques entre mon ordinateur, ma tablette et mon téléphone tout en gardant une trace des livres lus sans que je fasse quoique ce soit. Pour les livres papiers, je saisie une entrée dans Day One, avec parfois une photo de la couverture et des passages que je veux retenir.

J’aimerai faire évoluer ça, mais le principal pour moi a été de reprendre un rythme de lecture plus soutenu.

Un vélo contre la barbarie nazie. L’incroyable destin du champion Gino Bartali, Alberto Toscano.

J’ai trouvé le livre dans l’ensemble assez mal écrit, mais l’histoire de Bartali, champion cycliste italien, qui a utilisé son statut de sportif pour circuler librement en Italie et transmettre ainsi des faux papiers, cachés dans son vélo, aux personnes juives, m’a néanmoins intéressée.

« Je veux qu’on se souvienne de moi pour mes performances sportives et pas comme un héros de guerre. Les héros, ce sont les autres, ceux qui ont souffert dans leur chair, dans leur âme, dans leur famille. Je me suis contenté de faire ce que je savais faire au mieux. Aller à bicyclette. Le bien doit être accompli dans la discrétion. Si on le divulgue, il perd de sa valeur car c’est comme si on voulait tirer bénéfice de la souffrance d’autrui. Il y a des médailles qu’on accroche à son âme et qui compteront dans le royaume des Cieux, pas sur cette terre. »

Remote, Jason Fried et David Heinemeier Hansson

Un livre sur le télétravail écrit, dans un contexte américain, par les fondateurs de Basecamp, offert à l’occasion du confinement. Une belle opération marketing.

Sans doute est-ce parce que j’ai déjà lu des réflexions sur le télétravail, que je pratique intensivement par ailleurs, mais je n’ai pas trouvé que l’on apprenait grand chose.

De grandes généralités qui défendent le modèle choisi par l’entreprise et indirectement Basecamp pour résoudre tous les problèmes d’organisation. Ça se lit très bien, mais l’ensemble m’a semblé trop simpliste parfois. Les difficultés liées au télétravail et comment les surmonter ne sont qu’à peine évoquées.

Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, Maria Candea, Laélia Véron

Un de mes coups de cœur. J’aime beaucoup le travail de Laélia Véron sur Twitter et dans le podcast Parler comme jamais. J’avais donc hâte de lire ce livre.

Il s’agit d’un excellent travail de vulgarisation par des autrices engagées, une invitation joyeuse et enthousiaste à jouer avec la langue française et à l’aimer, sans la momifier. À contre-courant des discours alarmistes et élitistes qui annoncent constamment la décadence du français.

Une introduction passionnante et pédagogue avec la possibilité d’aller plus loin avec des bibliographies commentées. C’est une pratique si rare qui me ravit1 !

« Avoir l’ambition de se saisir de la langue française est une démarche exigeante. Mais c’est une exigence joyeuse. Le français est à nous ! Nous le partageons, nous le façonnons, nous décidons déjà de son avenir. Continuons, en connaissance de cause et en toute confiance. »

Lectures estivales

J’ai profité de l’été pour continuer mes lectures sur le féminisme et le validisme.

  1. Un féminisme décolonial, Françoise Vergès
  2. Je vais m’arranger. Comment le validisme impacte la vie des personnes handicapées, Marina Carlos
  3. Du sexisme dans le sport, Béatrice Barbusse
  4. How We Get Free Black Feminism and the Combahee River Collective, Keeanga-Yamahtta Taylor
  5. La pensée straight, Monique Wittig
  6. La révolution féministe, Aurore Koechlin

Françoise Vergès dénonce dans son livre un féminisme universaliste blanc, libéral et encore profondément raciste. Un épisode du podcast Kiffe ta race y est consacré et je vous le recommande !

Marina Carlos auto-édite une introduction simple et courte sur le validisme et ses conséquences concrètes sur le quotidien des personnes handicapées divisée en 5 chapitres. À partager largement autour de soi. Elle en parle dans une interview sur le blog d’Access42.

Béatrice Barbusse met à profit son expérience en tant qu’ancienne sportive de haut niveau et de cadre sportive (seule femme présidente d’un club professionnel masculin de handball de 2008 à 2012), mais aussi d’agrégée en sciences sociales. Le livre qui en résulte est riche et passionnant. Sportive très amatrice, c’est également pour moi une lecture extrêmement motivante qui permet de mieux appréhender les dynamiques des milieux sportifs (associations, clubs) et donne envie de s’investir plus que ce soit en participant à des tournois ou à la vie de son club.

La série d’entretiens avec les membres fondatrices du collectif afroféministe, Barbara Smith, Beverly Smith, Demita Frazier et Alicia Garzale, m’a parfois semblé un peu longue et moins percutante, après la lecture, en introduction du livre, du manifeste du Combahee River Collective, toujours aussi indispensable aujourd’hui.

J’ai été profondément marquée par la lecture de Wittig et je pense qu’il me sera nécessaire d’y revenir. Certains textes sont plus difficiles d’accès que d’autres et font appel à des références précises qui si on n’a pas eu l’occasion de les croiser dans son parcours peuvent rendre la lecture ardue. Il n’est néanmoins a priori pas nécessaire de lire les textes dans l’ordre.
J’ai trouvé « Le cheval de Troie » et « La marque du genre » accessibles et vraiment passionnants. Le premier aborde l’œuvre littéraire comme « machine de guerre » et l’autre les pronoms personnels et le genre. Le premier aborde l’œuvre littéraire comme « machine de guerre » et l’autre les pronoms personnels et le genre. La pensée straight m’a également donné envie de découvrir Monique Wittig comme autrice littéraire.

La révolution féministe est sans doute le plus accessible des livres sur le féminisme que j’ai pu lire2, Aurore Koechlin y retrace l’histoire des courants féministes avant d’exposer sa thèse « Le féminisme est révolutionnaire ou il n’est pas ».

Les Incasables, Rachid Zerrouki

Après avoir bataillé avec Les pirates des Lumières qui me sera tombée des mains, je lis avec plaisir le livre de Rachid Zerrouki, qui parle de ses élèves, fragiles et malmenés par l’institution, dont on parle peu, si ce n’est pour se moquer : des collégiens de Segpa, en échec scolaire, issus pour l’écrasante majorité d’entre eux de familles pauvres.

C’est à la fois un beau témoignage de l’amour porté à son métier et ses élèves, des doutes et de la lassitude qui peuvent gagner l’enseignant et une réflexion sur l’École républicaine et les méthodes pédagogiques à déployer, avec les moyens limités à disposition.

Beauté fatale, Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Mona Chollet

J’ai été surprise par le ton dans Beauté fatale que j’ai trouvé parfois sarcastique au point de me rendre la lecture plus difficile. J’ai eu le sentiment que ça desservait les propos, par ailleurs fort intéressants, de l’autrice.

J’ai été assez déçue de ne pas accrocher autant qu’à Chez soi qui m’a beaucoup plus parlé.

Disability studies

Je continue à lire des livres sur le handicap et l’accessibilité. Dans le milieu universitaire américain, le champ des disability studies est particulièrement foisonnant.

Hearing Happiness: Deafness Cures in History, Jaipreet Virdi

Hearing Happiness: Deafness Cures in History de Jaipreet Virdi, historienne spécialisée sur la médecine, les technologies et le handicap, retrace l’histoire de « remèdes » à la surdité aux États-Unis.

Si la liste des escroqueries et des divers charlatans est selon moi un peu longue, répétitive et technique, elle a le mérite de montrer à quel point les personnes sourdes et leur entourage sont constamment poussées vers des solutions souvent inefficaces et parfois très dangereuses afin de se conformer à la « normalité ».

Mues par la promesse d’un bonheur retrouvé, car il n’est évidemment pas envisageable dans la surdité dans une société validiste, les personnes sourdes doivent faire des efforts pour se « réparer » et espérer ainsi de nouveau être égales avec les personnes entendantes.

L’autrice, elle-même sourde, a fait le choix également de parler de son vécu. C’est sans doute ce qui m’a semblé le plus intéressant dans cet ouvrage, avec les réflexions autour de la technologie, la frontière entre le remède et le contrôle, la volonté de la société d’abolir la surdité et les tensions au sein de la communauté sourde entre celles qui souhaitent entendre et celles qui cherchent à défendre leur culture sourde et la langue des signes.

Pour un aperçu du livre, je vous invite à lire son interview sur le site Disability Visibility Project.

What can a body do? How we meet the built world, Sara Hendren

J’ai dévoré ce livre qui aborde le design, le handicap et l’accessibilité. Il pose une question simple : « Pour qui conçoit t-on le monde ? ». Cette réflexion sur l’interaction entre le corps et son environnement (et donc les stratégies d’adaptation) est extrêmement stimulante.

Sara Hendren aborde des sujets comme la dépendance, l’assistance et la vulnérabilité à travers 5 chapitres-histoires captivantes, dont j’espère parler plus longuement dans un billet dédié.

Ce n’est qu’à la fin du livre que je me suis rendue compte que l’autrice était à l’initiative du Accessible Icon Projet.

Je n’aime pas la police de mon pays, Maurice Rajsfus

Les violences policières ne datent pas d’hier même si on a fait mine de découvrir le sujet lors des manifestations des Gilets jaunes.

Annie Ernaux

Depuis décembre, je lis Annie Ernaux. Stoppée dans ma lancée et quelque peu frustrée de ne pas avoir anticipé que je finirais tous les livres que j’avais emprunté : La Place, Les Armoires vides, Une femme, Regarde les lumières mon amour, Ce qu’ils disent ou rien, La femme gelée et Mémoire de fille.

J’ai hâte de reprendre.

La politique du voile, Joan W. Scott

Attirée d’abord la couverture colorée et distinctive des éditions Amsterdam3 lorsque je cherchais un livre sur les rayons de la bibliothèque et par le sujet ensuite.

Une vision américaine qui analyse avec du recul un sujet hélas bien français. La politique du voile témoigne de l’incapacité des élites politiques à penser un autre universalisme qui ne demanderait plus aux individus de s’assimiler en effaçant leurs différences et en se dépouillant d’une partie de son identité.

Ce livre rappelle également à quel point la loi contre le port du voile s’est fait au détriment des femmes que l’on disait vouloir protéger, pour des raisons racistes et politiciennes.

Pour 2021

Je n’ai pas établi de liste de livres, mais j’ai déjà quelques livres en tête et des envies. Comme ce billet est déjà assez long, je les listerai dans un prochain billet.


  1. Les bibliographies sont si souvent absconses et indigestes alors qu’elles devraient être des ramifications pour approfondir une réflexion. ↩︎

  2. Un grand merci à Capucine Larouge pour sa recommandation. ↩︎

  3. J’aime beaucoup le travail graphique de cette maison d’édition. Ça change un peu ! ↩︎

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