La huitième couleur, Terry Pratchett

Parce que j’en avais marre de lire que des “must be read if you want to win the ENS contest” et que j’avais envie de me détendre et d’étendre mes maigres connaissances livresques de fantasy en m’attaquant au monstre que sont Les Annales du Disque-monde ( avec plus de trente tomes de publiés en Angleterre, le 30e tome est prévu en mai chez Atalante en France).

Le premier tome se laisse dévorer en une demi journée, mon petit doigt me dit que c’est une ruse du monstre pour mieux nous absorber, et il est trop tard pour faire demi tour, nous voici projetés dans une dimension lointaine et légèrement trop courte, sur un plan astral passablement froissé… où se trouve le Disque-Monde, soutenu par quatre éléphants eux même sur le dos d’une tortue géante, A’Tuin, qui est l’objet d’études très sérieuses pour répondre à la question essentielle de son sexe. ( - J’ai toujours su que ces vieux scientifiques n’étaient que des vieux pervers ! -Mais veux tu bien la fermer !) et où le chiffre entre sept et neuf… (-H..? -Chuuut, ne le prononce pas !) à la signification occulte qui ne doit en aucun cas être prononcé par un sorcier.

Dès le début, le ton est donné : décalé, loufoque, burlesque. Sérieux, s’abstenir ou se convertir :d
Les Annales du Disque-monde, c’est de la fantasy qui pratique l’auto-dérision, qui fait mal aux zygomatiques et qui vous fait les abdos. Ça ne pouvait donc que me plaire !
Dans ce premier tome, on est trimballé au gré des (més)aventures de Rincevent et de Deuxfleurs :

  • Rincevent : Un presque sorcier qui s’est fait virer de l’université, et qui est possédé par un puissant sortilège, que même qu’il est tellement puissant qu’on sait pas à quoi il sert, à part empêcher Rincevent de lancer le moindre sort mineur ! Anti-héros de base, trouillard, mais débrouillard quand il s’agit d’échapper à la faux de la Mort, croyant parce qu’être athée c’est hâter son trépas dans un monde où les dieux se servent du Disque-Monde comme plateau de jeu, désabusé par la magie (je peux comprendre que ça soit rageant pour un homme d’apprendre pendant 20 ans le sortilège qui fait apparaître des vierges nues, et de ne pas se souvenir de ce qu’il faut faire ensuite :d ) , il découvre que le métier de guide d’un type bizarre n’est pas de tout repos.
  • Deuxfleurs : L’étranger qui débarque de l’Empire d’Or, c’est un employé de “peau-lisse-d’art-sue-rance”, un type qui s’ennuyait dans son pays et voulait voir des héros, des rixes, des dragons. Il est accompagné d’un Bagage, un coffre de bois magique avec une myriade de jambes et semble totalement inoffensif, mais Rincevent s’aperçoit vite que Deuxfleurs est dangereux, c’est un touriste !

Le duo fonctionne à merveille, entre l’inconscient des dangers qui souhaite tout prendre en photo et Rincevent occupé à sauver sa peau et à sortir Deuxfleurs du pétrin où il s’est fourré, quand il a le temps d’y penser. On s’attache très vite à ceux deux zigotos, et personnellement j’ai une préférence pour Rincevent, rien que cette phrase : “J’ai connu la passion et j’ai connu l’ennui. J’ai préféré l’ennui.” me le fait adorer.

Le style est à l’image du Disque-Monde décalé, farfelu, très sympa à lire. C’est bourré d’allusions, de jeux de mots, de descriptions invraisemblables, originales, bref j’en veux encore !
L’auteur réussit à captiver son lecteur, et à créer un univers où il mêle subtilement des éléments de notre réalité, des clins d’œil adressés à diverses œuvres de la fantasy (Je demande à Graal ou à La Dame (ce sont mes mentors, vous l’aurez compris :d ) de me corriger sur ce coup la, parce que je connais pas vraiment Conan le Barbare, mais Hrun doit être de la même famille !) à ce qu’il invente lui même. Je ne sais pas comment il s’en tire par la suite, mais le Disque-Monde est déjà quand même rudement fascinant. Et, j’aimerai bien en connaître davantage, (Aïe, ça y est, je suis mordue, euh perdue !) on reste un peu sur sa faim à la fin, [1] on a qu’une hâte c’est de lire la suite !

Bon, et comme j’ai pas trouvé de transition, ni de conclusion valable, je saute directement au moment où je dis que ce livre m’a beaucoup plu alors que vous le saviez déjà, où j’affirme de façon totalement subjective que c’est un “must be read if you don’t want to be une vieille chouette toute ridée” et que ça représente tout un pan essentiel de notre culture qui devrait pouvoir être cité dans mes dissertations de littérature !
Et où, je finis abruptement…

Ainsi prend fin le billet sur la Huitième couleur, premier billet sur Les Annales du Disque-Monde.

Note

[1] Promis j’arrête avec mes jeux de mots débiles, faut mettre ça sur le compte de l’heure et des révisions d’histoire. C’est bien connu, l’histoire ça rend fou !