The American Dream

Parfois, il y a des billets qui s’écrivent sans difficulté. Ça n’a pas été le cas pour les billets que je comptais écrire, dès août 2011, à propos de mon voyage aux États-Unis. J’ai laissé les brouillons dans un coin, sauf un, en me promettant de m’y remettre et finalement j’ai laissé beaucoup de temps couler, jamais satisfaite du résultat.

Et puis plus le temps passe, plus je me demande si ça intéresse (encore) quelqu’un.
Peut-être pas. Mais ce n’est pas grave, je me lance quand même.

23. 06. 11 - Le grand départ

Les sentiments se bousculent. Anxiété. Appréhension. Excitation. “Et si, et si, et si…” Arrêter d’élaborer mille scénarios improbables. Aéroport. ESTA. Questions indiscrètes. Est-ce que j’ai vraiment l’air d’une nazie terroriste ? Je monte vers d’autres cieux. Je regarde ma mère s’éloigner. Comme d’autres, je fais de grands signes de la main. Le portique de sécurité. A chaque fois que je le passe, je pense à la scène mythique dans Matrix. Prendre ces longues formalités avec le sourire.
Enfin dans l’avion. Je m’endors avant le décollage. Tant mieux. Je ne sais pas pourquoi, ces derniers jours, j’ai des pensées idiotes et morbides. Crash, détournement d’avion… Comme si c’était si fréquent. “Chicken or pasta ?”, ce refrain monotone me réveille. Je choisis “chicken”. Grossière erreur. Le plat de pâtes semble en fait bien meilleur.

Arrivée à Philadelphie. Commence mon absurde périple. Escale à Philadelphie pour prendre un vol en direction de New York pour revenir ensuite à Philadelphie. “Mon carnet ?!” Détestable frayeur. L’espace d’une seconde, je m’imagine perdue dans un pays où je ne connais personne. Plus de carnet, plus d’adresse(s) et plus de numéros. Course contre la montre. Je retourne dans l’avion. Pas de carnet. “Fouille méthodiquement ton sac. C’est pas possible que tu l’aies perdu.” Miracle ! Je retrouve le sacripant. La prochaine fois, prendre un carnet de couleur pour qu’il ne se confonde pas avec le fond du sac.

Douane. Ne pas s’insurger. N’empêche, en quoi ça le regarde ce que je viens faire aux États-Unis ? Il croit vraiment que j’envie la situation de son pays ? Vivre là-bas, même pas en rêve ! “Shh, don’t be so French !” me murmure une petite voix intérieure [1].

Transfert effectué. Horreur. L’avion pour New York est retardé de 4h. Il faut que je prévienne tout le monde. Satanée machine qui coûte un bras et qui marche mal. Coucou “volant” en direction de NY. Arrivée à l’aéroport après la peur de ma vie. Plus jamais, plus jamais on me fera monter dans un petit avion qui semble voler grâce à une bonne volonté divine qui s’amuse tout de même à le chahuter. New York donc. Chargée comme un mulet, avec mes trois sacs, je me renseigne. “Hi (grand sourire naïf) ! Could you tell me what’s the best and quickest way to go to Philadelphia ?” Zut, j’ai mal accentué le nom de la ville. Ils vont savoir que je suis une touriste ! Comme si mes trois sacs n’étaient pas un indice suffisant. On me conseille de prendre le train.
Ok. Va pour le train.

Rétrospectivement, la plus grosse erreur de tout mon voyage. J’ai attendu 3h pour que le train arrive. Il a mis un temps fou pour arriver à Philadelphie s’arrêtant dans tous les patelins possibles. Résultat des courses. Alors que j’étais arrivée à Philadelphie à 13h. Ce long détour par NY me fait arriver à 23h à la gare de Philadelphie. Fatiguée, chargée, j’ai peur que ma mère soit folle d’inquiétude. Il est temps d’arriver à bon port !

Le train. Pfiiu. L’attente a été longue. Hmm, c’est plutôt vétuste. Drôle, on croirait presque avoir effectué un plongeon dans le passé. Oh. Il fait déjà nuit. Comment est-ce que je vais trouver mon chemin jusqu’à chez Cassia ? Ne pas y penser. Regard fixe sur moi. Je lève les yeux et tombe nez à nez avec ceux grands, bleus, curieux et rieurs d’une petite bouclette blonde. “…. …. ….”, elle me marmonne quelque chose. Je ne comprends pas. J’ai l’impression qu’elle avale toutes les lettres des mots transformés en une bouillie sonore. Je souris. “…. …. …. “, elle insiste. Incompréhension. C’est un oiseau en fait. Elle gazouille et pépie. Finalement, devant mes yeux ronds, sa mère me vient en aide et traduit. Une fois en possession de la clé de cryptage, le dialogue avec le petit moineau édenté est plus aisé. Elle veut tout savoir, mon âge, où je vais, qui je suis, pourquoi je suis toute seule, si j’ai des enfants. Le train s’arrête et la petite famille disparaît. “Bye !”

J’observe autour de moi. Il n’y a plus vraiment foule. J’écoute distraitement la conversation passionnée du couple formé par les circonstances pas loin de moi et me demande ce qui m’attend une fois arrivée à la gare. Un couple asiatique semble tout aussi perdu que moi. Je me rapproche et tend l’oreille. Un monsieur leur vient en aide. Terminus. Tout le monde descend. Je me dépêche pour ne pas perdre de vue ce monsieur et son ami d’une soirée. Magie du train. Ernest et son ami se révèlent être encore plus gentils et attentionnés que prévus. Ils me prêtent leur téléphone portable pour que je puisse contacter Dylan, le coloc de Cassia et m’emmènent jusqu’à un taxi, choisis par leur soin. Will be easier for you. We don’t want you to get lost in this neighbourhood. It’s not that safe.

Les rues sont mal éclairées. Sans nul doute, à pieds, je n’en mènerai pas large. Je m’attends à chaque coin de rue à voir des mecs un peu louches. La nuit, n’importe quel pékin à capuche prend des allures de dealer de drogue. Vive les préjugés tenaces… Je me mets à fredonner la chanson de Springsteen. “Here we are.” Le chauffeur interrompt ma rêverie. Je le paye et lui donne un pourboire. Généreux le pourboire. Tellement, je le suis reconnaissante de m’avoir sauvée de chimériques agresseurs.

Enfin arrivée.

Note

[1] Oui, vous ne le saviez pas. Mais j’ai la manie de parler avec moi-même. Un soupçon de schizophrénie contrôlée.

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