Dévoreuse de livres

Cet été, alors que j’essayais de me souvenir des livres que j’avais lu depuis septembre, je me suis rendue compte, après avoir péniblement fait travailler ma mémoire “limitée et défaillante”, que je lis beaucoup moins qu’avant (en ne comptant pas les journaux et tout ce qui est lecture pour les cours) et que mes souvenirs, quand ils sont encore présents, ne sont que des “pâles résumés” de l’œuvre.

J’ai toujours été une lectrice passionnée et impatiente. Plongée très vite dans l’univers de l’auteur, je sympathise avec les personnages ou les déteste, partage leur angoisse, leur joie, leur déception. En bref, tout.
Très sensible, les romans avaient - et ont encore quoique moins - une très forte emprise sur moi. Impossible de me détacher d’un livre une fois entamé et de le fermer. Alors je dévore, je cours jusqu’à la fin, passant en hâte sans apercevoir ces belles tournures de style, ces détails décisifs. Une fois le sprint (ou le marathon dans certain cas) fini, je me dis que la prochaine fois je lirai moins vite, que je savourerai plus.
Et à chaque fois, je recommence à courir.

Ou parfois, je triche. Et je lis la ou les dernières pages du roman. La lecture est alors plus calme et agréable, connaissant l’issue du voyage, je l’apprécie d’autant plus.

Depuis, je me suis forcée à essayer de garder quelques traces de mes lectures. Si possible un billet ou au moins des notes dans un carnet. Au final, beaucoup de notes éparses, hiéroglyphes griffonnés à la hâte, incompréhensibles pour le commun des mortels et bien souvent de moi.

La lecture de la postface de François Ricard dans L’ignorance de Kundera m’a quelque peu rassurée et je me sens moins coupable des mes oublis :

(…) “ce qui constitue l’un des problèmes séculaires du roman : la mémoire limitée et défaillante du lecteur. Lire un roman, en effet, c’est toujours plus ou moins le « dévorer », c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, oublier ce qu’on lit à mesure qu’on le lit, négliger le détail des phrases, des scènes et des pensées, si frappantes qu’elles nous paraissent sur le coup, pour n’en retenir qu’un pâle résumé permettant la poursuite de notre lecture. De sorte que, malgré la meilleure volonté du monde, nous sommes fatalement des lecteurs myopes et distraits.”


Je continue occasionnellement selon mon humeur à noter des bouts de phrases ou les embryons de réflexion qui me viennent à la lecture d’un passage. Elles resteront sans aucun doute éparpillées un peu partout. Des petits bouts sur mes tickets de métro, perdues en marge de quelques pages ou d’autres sur Evernote ou .doc qui trainent sur l’ordi.

Ce que je veux faire par contre, c’est au moins faire un petit bilan de mes lectures. Tous les trois, six ou douze mois, je ne sais pas encore. Ou au fur de l’envie. Ça ne m’apportera sans doute pas grand chose plus tard de savoir que j’ai lu Errance de Depardon en janvier 2012 mais qui sait.

Petite rétrospective donc. Après tout, c’est la période ;)

Pour cause de mémoire défaillante donc, nous commencerons 2011 en mai.

Mai - juin

Je renoue avec la lecture/loisir avec du Pratchett [1]. Des bons crus avec Mémé Ciredutemps et la Garde mais aussi la Mort. Remède imbattable en période de concours et de partiels que le Disque Monde. Je commence enfin la saga de G.R.R Martin (ou depuis plus familièrement appelé Grr), A Song of Ice and Fire, poussée par le season premiere de HBO et par ma logique tordue qui est de m’échapper dans/commencer une longue saga ou un pavé au lieu de m’attaquer à mes révisions.

Vous savez déjà tout le bien que je pense de l’œuvre de ces deux auteurs. Certains tomes de Pratchett sont de moins bonne qualité notamment les “one shot” quoique Les Petits dieux était particulièrement bon. J’ai arrêté d’essayer d’en faire des billets après le premier sur La Huitième couleur parce que c’est un exercice particulièrement difficile à la base et qu’il devient acrobatique avec Pratchett.

Juillet

Je suis en plein dans les guides de voyage sur les États-Unis mais je lis sur mon iPod Great Expectations de Dickens que je découvre. J’aime mais ne finis pas. Trop inconfortable à la longue. Je ne me souviens que de la peur face au bagnard (passage que j’avais eu à étudier lors d’une analyse grammaticale en licence), de l’ingratitude du petiot une fois sorti de son milieu et du manège maniaque de la vieille ainsi que la petite hautaine d’Estella.

Août

La Croatie. Je dévore A Feast for Crows, dernier tome en ma possession de la saga de Grr. Un sentiment amer d’insatisfaction et de frustration. Trop de questions. Pas de réponses ou presque. Impossible d’acheter A Dance With Dragons. Bloquée.

Changement d’univers et de registre. Je me décide enfin à lire du Alain Corbin. Historien éminent, mari de ma prof d’histoire d’hypo et de khâgne, j’ai fait un long blocage. A tort. Le miasme et la jonquille est un bouquin d’histoire excellent. Entre histoire des odeurs et des sensibilités et analyse sociale, le tout très bien écrit avec, toutefois, dans mon souvenir, quelques passages un peu longs.

Retour au roman. On s’envole au Japon. Après tout le monde, je lis Kafka sur le rivage dans sa traduction anglaise parce qu’on m’a dit que la VF était moins bonne. Je tombe amoureuse de cet univers étrangement onirique et fantastique, mais aussi burlesque où un vieillard parle avec les chats et fait tomber des poissons du ciel. Doublé d’une quête initiatique et d’une histoire d’amour atypique.
Et la seule phrase que j’ai été fichue de retenir et de noter. “Slicing your dad into sashimi.” Depuis, j’associe les sashimi à Kafka qui lui-même me rappelle un adolescent japonais un peu paumé.

Ce même adolescent n’est pas sans me rappeler le héros de Dune de Franck Herbert alors qu’il n’y a en fait quasiment aucune similitude entre eux. Aah Dune… Comme Kafka de Murakami, une véritable révélation. Et un immense coup de cœur. Une très belle œuvre de science-fiction. Doublée d’une leçon de sciences politique ici aussi mais aussi d’écologie sur le thème de la rareté et la préciosité de l’eau. Des personnages touchants et forts, une intrigue haletante [2]. Je frissonne encore de dégoût en repensant au personnage du Comte Harkonnen.

“Yes, the one who can be many places at once: the Kwisatz Haderach. Many men have tried the drug… so many, but none has succeeded.”
“They tried and failed, all of them ?”
“Oh, no.” She shook her head. “They tried and died.”

Dune, Franck Herbert

Septembre - octobre

Un Pratchett. La BD de Romain Ronzeau. Le livre d’Anne-Laure Jacquart. Une grosse baisse de régime en volume. La rentrée est proche.

Novembre

Des envies de Proust. Je me lance dans le Contre Sainte Beuve que je n’achève pas à temps et que je dois rendre à la bibliothèque. Très stimulant.
Je décide de reprendre Kundera. Je commence L’immortalité et me rend compte au bout des deux premières pages que je l’avais lu en septembre 2010. Je passe donc à L’ignorance que j’apprécie un peu moins que les autres. Sensation d’inachevé causée par une fin assez abrupte. Mais en même temps plaisir à retrouver un univers et une voix familière après une longue absence. Je note de subtiles différences. Même style mais un récit plus court et en même temps très riche. Postface de François Ricard que je trouve toujours intéressante. Je ne comprends pas les préfaces. On devrait toujours faire des postfaces.

Décembre

Ai osé Belle du Seigneur. Je ne suis pas impressionnée par les pavés à l’exception de celui-ci dont les premières pages m’avaient assommées en première alors qu’un ami avait écrit un magnifique article sur le roman. Si je le retrouve et avec sa permission je le mettrai sur le blog. Une amie faisant une partie de son mémoire dessus, j’ai pris tout mon courage pour le commencer. Je ne regrette pas. C’est en effet un superbe roman. J’ai très vite accrochée. Me suis mise à haïr ce pauvre Adrien Deume, à redouter les passages d’Ariane à lire à tête reposée et j’admire l’analyse cynique et - malheureusement - extrêmement pertinente de la séduction par Solal. Son long monologue, leçon de séduction de la gente féminine est un véritable chef d’œuvre. Soyons dithyrambique !

Je lis certes vite mais je n’ai pas encore fini le roman. Je fais une pause avant d’y retourner.

J’ai commencé Errance de Depardon. Je connaissais Depardon en tant que photographe je ne savais pas qu’il écrivait très bien aussi. Et depuis que Franck Paul en a parlé sur son blog, j’ai commandé, reçu et parcouru ce petit livre de Queneau, Connaissez-vous Paris ?. Je connaissais la réponse avant même d’ouvrir l’ouvrage. Non. J’ignore presque tout de Paris. Un petit bouquin très sympa pour qui souhaite en apprendre plus sur la capitale et un excellent prétexte pour s’y balader. [3]

Et euh.. voilà.
Résolution 2012 : lire beaucoup plus !

Notes

[1] P.S. : la VF est excellente. Je me répète mais en tant qu’ancienne angliciste et passionnée par la traduction et ses enjeux, j’admire le travail de Patrick Couton, c’est pour ça que je radote.

[2] J’ai failli succomber à la tentation et lire la fin sur Wikipédia mais j’ai vaillamment résisté !

[3] Et que je viens tout juste de conseiller à un ami. Le même déjà évoqué pour Belle du… Oui. J’envoie des sms à 1h40 du matin pour conseiller un bouquin. Mais les associations d’idées n’attendent pas !

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