Jouer avec la matière

Mes a priori sur l’art contemporain remontent à mes cours d’art plastique de collège lorsque j’ai découvert, par l’intermédiaire d’une prof excentrique et tyrannique, le travail de Marcel Duchamp ; souvenir traumatique qui longtemps m’empêcha d’entrer dans un musée d’art contemporain sans penser sarcastiquement à un urinoir ou à une roue de vélo sur un tabouret qu’un imposteur, habile rhéteur, avait décrétés œuvre d’art.

Une vaste imposture, semblable à celle des deux escrocs du conte d’Andersen, Les habits neufs de l’empereur ; voilà ce que je pensais encore récemment. Je n’ai pas eu de révélation depuis mais j’ai appris à mettre mes préjugés de côté, bannir la phrase « N’importe qui aurait pu faire la même chose… », chercher à comprendre l’intention de l’artiste et/ou laisser mes sens l’emporter sur la raison. C’est donc avec une curiosité non feinte que je suis rendue à l’exposition d’Edo Murtić, artiste peintre croate, au musée d’art contemporain de Zagreb.

Expo Edo Murtic

Exposition Edo Murtić au musée d’art contemporain de Zagreb (cliquez pour agrandir l’image).

« Sjajna, misaono, poetski, kako god želite, napisana kritika koja znalački, doživljajno i kreativno piše o slici, izložbi, djelu slikara, makar bila i negativna - prava je kritika. », Edo Murtić. [1]

Outre une réflexion de l’artiste sur la critique d’art que je partage, ce que j’ai retenu de son œuvre, c’est le dynamisme et la vitalité qui ressort de ses toiles mais aussi la façon dont il utilise les couleurs, la lumière et surtout la matière. Gros aplats, traces de pinceaux et autres procédés me plaisent énormément et donnent une dimension supplémentaire à l’image que je ne retrouve pas forcément en photographie. J’use parfois d’un fort contraste et du grain pour casser l’effet trop lisse, trop net de certaines photos et je pense aussi commencer à jouer avec les textures sur Photoshop comme me l’inspirent plusieurs photographies d’Anne-Laure.

Quelque part, je pense que mon attrait pour le Polaroid s’explique par le plaisir que me procurerait l’objet-photo. J’ai envie d’observer quelque chose de concret, palpable et qui n’est pas juste une succession de 0 et de 1 ou un amas de pixels. Si je compense l’écriture numérique en noircissant et gribouillant n’importe quoi sur du papier (le plaisir que j’ai à déchirer une page est tellement plus intense que celui qui consiste à cliquer sur le bouton supprimer), je ne fais imprimer que trop rarement mes photos, ce que je regrette d’ailleurs (va falloir que je planche sur la question !). 

Je me demande si cette relative immatérialité vous gêne aussi et si oui comment vous chercher à la compenser.

Notes

[1] Brillante, rationnelle, poétique, comme vous voulez, une critique qui décrit une peinture, une exposition ou l’œuvre d’un peintre avec érudition, ressenti et créativité, quant bien même négative - est une vraie critique.

Ajouter un commentaire

Les champs obligatoires sont marqués d'un astérisque *.

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Ajouter un rétrolien

URL de rétrolien : https://bribesdereel.net/trackback/207