Exposition Willy Ronis au Musée de la Monnaie

Affiche Expo
Ces derniers temps, je travaille à combler le vide intersidéral que forme mon ignorance en matière de photo en lisant des ouvrages critiques pas toujours passionnants et pas forcément au fait des nouveaux enjeux de la photographie (à titre de comparaison, les réflexions et interrogations d’Anne-Laure sont bien plus intéressantes et enrichissantes et surtout bien plus concrètes) mais qui me semblent utiles pour se forger un minimum de culture et avoir une vue d’ensemble sur la photographie.

Le principal inconvénient de ces manuels-ouvrages critiques vient du fait qu’ils ne sont pas ou quasiment pas illustrés (pour des raisons de format, de prix, de droit d’auteur sans doute) et il est quand même bien dommage de ne pas avoir la photographie évoquée sous les yeux (surtout pour les incultes comme moi). L’ebook, l’avenir des manuels ! Et le second, c’est que le style est bien souvent rébarbatif. Tout comme les historiens (à l’exception de certains comme François Furet), messieurs les critiques, apprenez donc à écrire ! C’est moi qui ose dire ça…

L’exposition Willy Ronis était la parfaite excuse pour échapper à mon manuel et elle me faisait de l’œil depuis un certain temps à travers les affiches du métro.

De Willy Ronis, je savais qu’il était mort récemment et qu’il faisait partie du courant des photographes humanistes. J’avais aussi en tête quelques photographies (découvertes lors de la floraison de billets hommages sur le net) et quelques billets sur l’expo parce que j’aime savoir où je mets les pieds depuis cette expérience malheureuse au théâtre de La Colline.

En somme, pas de quoi fouetter un mondain.

N.B. : Cliquez sur les images pour les agrandir et voir les légendes.


Au début de l’exposition, je suis assaillie par les bavardages des touristes venus s’échouer ici on ne sait pourquoi mais en tout cas pas pour les photographies, les explications des parents à leurs enfants qui se perdent dans des méandres techniques dont on se contrefout, les personnes qui viennent ajouter leur deux cents au fort pouvoir Master of the Obvious, celles qui se mettent à raconter leur vie tout à fait intéressante, mais oui mais oui, il est absolument essentiel de savoir qu’elles sont passées dans la rue où a été prise la photo…
Comme je m’y attendais après avoir lu le billet de Bambou, je décide d’en faire un petit jeu, ça serait à celui ou celle (pas de sexisme en matière de bêtise) qui sortirait la phrase la plus WTF. Palme décernée à une femme qui non contente de se placer juste entre l’œuvre et moi, jette un grand “Oh, c’est tout à fait Prague !”, après avoir lu la légende, sur un ton qui vaut son pesant d’or. Impossible de ne pas pouffer surtout lorsque l’on croise le regard complice mi-exaspéré mi-amusé d’une autre personne.

Certaines expressions, postures et regards retiennent particulièrement mon attention, je regrette qu’il ne soit pas possible de sortir son appareil photo. Mais aurais-je osé le faire si cela avait été permis ?
Observer les gens et leurs réactions dans une expo est une expérience que je vous conseille. Je ne retrouve pas mes notes, j’avais esquissé une rapide typologie en me plaçant dans la catégorie gribouilleuse de carnet studieuse/qui cherche à se donner bonne conscience, ancienne habituée des fiches (oui, c’est un peu long comme nom de catégorie).

Et l’expo en elle-même ?

Quelques (rares) photographies me laissent de marbre, je ne sais quoi en penser. Pour le reste, mes yeux sont charmés, enthousiastes. Je me laisse d’abord portée par mon ressenti et ensuite, parce qu’il n’est de meilleure façon d’apprendre, je cherche à comprendre ce qui m’attire tant, j’observe attentivement la composition.
Je lis avec intérêt les petits morceaux de textes de Willy Ronis en marge des photographies. Foutre ciel, au diable le désordre rationnel de ma chambre, je ne retrouve pas le carnet où j’ai pris mes notes ! Faisons donc sans. Les limites de la technique de l’époque me font remercier le hasard d’être née à l’époque du numérique et admirer les photographes de l’époque qui ont su surmonter ces obstacles. Plus intéressantes encore sont les questions que se posent Ronis sur sa pratique.

Les adieux du permissionnaire, 1963 © Willy Ronis

Où se situe la limite entre photographie et voyeurisme ? Quelles photos montrer sans franchir la limite de l’impudeur ?

Le Retour des prisonniers, Paris, 1945 © Willy Ronis

« (…) j’oeuvrais dans des domaines très divers, rejetant l’idée même de la spécialisation fût-elle lucrative parce que j’aurais eu peur de m’y ennuyer et parce que ma curiosité était insatiable. (…) Je voulais bien souffrir, à condition de m’amuser aussi. J’étais photographe polygraphe. »
Sur le fil du hasard, Willy Ronis.


Les salles se suivent et ne se ressemblent pas à première vue. Des pingouins aux femmes nues en passant par des enfants, des ouvriers ou des couples. Et pourtant on retrouve le même regard dans chacune d’entre elles. Un regard plein d’humour qui suggère des associations d’idées parfois saugrenues comme ici, ou n’est-ce que moi ?

Marché aux puces, Paris, 1948 © Willy Ronis

Ou qui nous plonge dans l’onirique, le fantastique avec ces pingouins (une de mes préférées !).

Les pingouins et le cavalier, 1956 © Willy Ronis

Un regard tendre également qui s’arrête sur des moments forts, drôles, intimes, complices, tendres. [1] ; teinté de mélancolie comme ici (encore une fois, qualité plus que moyenne, d’autant plus frustrant que j’ai une belle repro mais pas de scanner adapté…) ou encore comme sur mon autre grand coup de cœur après les pingouins ou ex-aequo.

Venise, 1959 © Willy Ronis

N.B. La reproduction n’est pas fidèle, l’eau n’est pas aussi surexposée, les détails ne sont pas cramés.


LE BOUCLIER
« (…) on photographie longuement, nues, des créatures de rêve sans basculer dans la lubricité. On ose ce qu’on imaginerait mal autrement. » Sur le fil du hasard, Willy Ronis


Le Nu au Polo Rayé, 1970 © Willy Ronis

Dernière salle, les nus attirent. C’est une catégorie que je connais peu en photographie.
D’ailleurs, si quelqu’un peut me répondre, le nu masculin comment qu’est-ce ? A chaque fois que je pense nu, je pense femme et pourtant ça doit bien exister (des beaux nus hein !). Je ne cache pas mon attirance pour le sexe opposé, mais du très peu que j’en ai vu en tapant nu masculin photographie à l’instant, je trouve le nu féminin bien plus esthétique et moins vulgaire (mais encore une fois, les premiers résultats Google ne sont pas toujours les plus pertinents).
J’admire ces femmes aux belles courbes dont on ne croisera pas le regard. Pudeur ou volonté de ne pas distraire le spectateur du corps de la femme, le regard agissant comme un aimant dans une photographie ? Peut-être un peu des deux, peu importe je suis sous le charme et j’adhère à ce parti pris qui confère à ces femmes une part de mystère tout en soulignant leur sensualité.

La Chevelure, 1990 © Willy Ronis

Vous pensez à quoi lorsque vous regarder cette photographie ? [2]


L’expo s’achève un peu brutalement à mon goût. Je retourne sur mes pas pour dire au revoir à mes photographies préférées, redonner leur chance à celles qui n’ont pas trouvé grâce à mes yeux, mais enfin, il faut sortir, ce que la chaleur étouffante, notamment dans la première salle, incite de toute façon à faire.
Et la petite folie, pour fêter ma première expo de l’année (je ne compte plus les expos auxquelles je me suis promise d’aller et que j’ai ratées…), j’ai décidé de m’offrir le catalogue de l’exposition.

Un bel objet, malgré un choix de photographies discutables, qui propose une nouvelle lecture des photographies (l’ordre n’est pas identique à celui de l’expo si mes souvenirs sont bons, et les photographies mises en relation apportent souvent un éclairage nouveau. Il n’y a pas le couple à Beaubourg (Pluie sur Beaubourg, 1981), Villa Médicis ou l’amphithéâtre allemand !), si ce n’était qu’une histoire de pages, j’aurai bien viré les trois préfaces de Frédéric Mitterand, du Président de la Monnaie de Paris et celui du Jeu de Paume. Il manque les commentaires de Ronis.
Surprise et cerise sur le gâteau, le catalogue inclut le texte de Sur le fil du hasard de Ronis, à qui s’intéresse à la photographie, ses propos sont particulièrement intéressants et enrichissants (que l’on soit ou non derrière l’objectif) mais aussi clairs et bien formulés. C’est infiniment mieux qu’un ouvrage critique.

J’aurai pu continuer plus longuement et m’arrêter sur les photographies, mais alors se posait le problème du choix, mais ce billet m’a déjà pris tellement de temps (plusieurs heures étalés sur plusieurs jours et plusieurs heures concentrées aujourd’hui) et est déjà assez long comme ça.

Je crois que je m’arrêterai donc ici. En plus, c’est l’heure de faire les courses ! Oh, j’y pense, un petit lien sur Ronis.

La Baguette, Paris 1952 © Willy Ronis

Notes

[1] Petit coup de cœur pour celle ci, je trouve cette scène familiale particulièrement émouvante, Villa Médicis, Rome, 1981, (désolée pour la qualité, je n’ai trouvé que ça sur le net).

[2] Vous aussi, vous pensez au poème de Baudelaire quand vous voyez cette photographie ? Avant même de lire la légende, c’est la première chose qui m’a traversé l’esprit et une fois que je me suis approchée pour lire la légende, je n’ai pas pu m’enlever cette association d’idée de la tête.

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