Enfer et stagnation.

Le second semestre semble amorcer un changement et me permettra peut-être d’accéder à un doux purgatoire monotone, préférable à l’état dépressivo-larvesque dans lequel j’ai été plongé tout au long du premier.

Je suis encore assez lucide pour dire que la prépa n’est certainement pas un pays de cocagne où il fait bon vivre, et tout juste assez pour ne pas regretter cette cage dorée ; sans la vue des Normaliens LSH affreusement déçus, je crois que j’aurai complètement oublié les saines raisons qui m’ont poussée à ne pas khûber. Reste que pour mon cerveau détraqué et atteint du syndrome de l’âge d’or, bah la prépa c’était bien mieux que la fac.

Si je fais le bilan du premier semestre, ça se résume à du vent ou presque.

C’est en partie de ma faute, je savais pertinemment au fond de moi que les études d’anglais n’étaient pas pour moi alors que la géographie me tendait les bras, mais, les voies de la bêtise humaine sont impénétrables, j’ai quand même choisi d’aller en L3 d’anglais en me disant que je ferai autre chose à côté. Grossière erreur, c’était sans compter sur ma nature vilement scolaire [1] et sur ma surprenante [2] propension à rechercher à établir un contact humain avec les personnes qui m’entourent, dans l’espoir vain de recréer un cocon familier ?
Loin de profiter du supposé temps libre, je suis restée à ruminer sombrement sur la fac, sur moi-même et me suis laissée peu à peu sombrer dans une léthargie physique et intellectuelle effrayante. Pire que la stagnation, j’ai l’impression de régresser. A la fois consciente de ma déchéance et incapable de mettre en branle la machine, comme ces gens conscients, mais incapables de bouger, claquemurés dans leur propre corps qui se révèle être la pire des prisons et en même temps presque fascinée par cette chute apparemment sans fond.

Les partiels n’ont même pas réussi à servir d’électrochoc, le stade de m’en foutisme atteint semblant avoir dépassé les limites du raisonnable pour l’élève insouciante mais quand même un peu consciencieuse que je suis. Résultat, j’ai fourni le strict minimum voire moins dans toutes les matières où les profs m’étaient profondément antipathiques parce que creux, imbus de leur personne [3] et aux cours inintéressants ; seule la littérature a été épargnée grâce à une prof humaine qui a su me faire aimer Keats (c’était pas gagné du tout…).

Les résultats ne sont pas vraiment fameux, je n’en suis pas fière (moi, qui n’arrête pas de dire à mon élève que l’on travaille pour soi et non pour les profs, quel beau modèle je fais ! On pourrait rétorquer que mon moi n’a que faire de savoir faire un commentaire grammatical ni de connaître par cœur le nombre de bombes, avions, hommes, balles de la guerre du Vietnam). Tout juste un peu plus de la moyenne en civilisation, ce qu’honnêtement j’ai bien cherché puisqu’en relisant mon brouillon, j’ai, à mots à peine voilés, dit ce que je pensais de la question à la con qui nous était posée (comme quoi, j’ai bien raison d’abandonner l’idée d’une carrière de diplomate). Tout juste la moyenne en grammaire, où j’ai voulu mettre en pratique cette curiosité intellectuelle dont nous serions dépourvus d’après nos profs de linguistique qui jamais ne se remettent en question, et où je suis allée trop loin à tourner un peu partout.

Je dois le salut de mon âme semestre à la traduction (pour laquelle je me découvre une passion naissante), à l’histoire de la langue (de façon étonnante) et surtout à la littérature, seule matière qui me tient réellement à cœur.

Le premier semestre est fini, enterrons le !

Soudain, après avoir atteint un fond non encore exploré à ce jour, la descente aux enfers s’arrêta net. Je fus repêchée par ce qui me restait de volonté et de dignité (comment elles ont trouvé la force, je n’en sais rien), et rabrouée pour mon laisser-aller.
Une luciole ne s’arrête pas de briller même entourée par des miasmes fétides et “stupidogènes” !

Déverser mon fiel empoisonné ici aura certainement contribué à cette remontée, j’ai souvent besoin d’extérioriser ce que je ressens et mettre des mots sur ce long état de quasi dépression m’a permis de mieux l’analyser à travers ce miroir grossissant et réfléchissant qu’est le blog.
Je commence ce second semestre plus sereinement, en sachant où je vais et en n’attendant aucune illumination intellectuelle inspirée par un prof.

J’ai déjà pris les choses en main, mes frissons intellectuels, je me les procurerais moi-même. Pas question de se laisser écraser par la bêtise crasse des autres !

Notes

[1] il semblerait que je sois trop habituée à une relation prof/élève et que j’attende d’eux d’être stimulée intellectuellement

[2] Surprenante parce qu’une partie de moi est légèrement agoraphobe et misanthrope à ses heures.

[3] Je n’ai jamais vu autant de profs pratiquer la branlette intellectuelle, désolée du terme, mais y’a pas d’autre façon de qualifier ça.

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