The Road (John Hillcoat)


The Road
D’habitude, je laisse toujours La Dame faire les critiques de cinéma, parce qu’elle le fait bien mieux que moi et que ce n’est absolument pas la chose que je préfère Mais comme apparemment elle est toujours SRF (Ça fait un bail que ce n’est plus le cas), je me lance dans cet exercice inhabituel pour moi (pour rappel, je n’ai fait qu’une ou deux critique de film depuis que je tiens un blog).

Malgré le froid, j’ai accepté de sortir de mon cocon douillet et chaud pour aller voir The Road parce que je n’avais pas besoin de faire des km pour aller le voir en VO et, soyons honnête, parce que j’avais envie de voir Viggo Mortensen et que je n’ai pas le courage de me lancer dans la lecture du roman de McCarthy (surtout depuis que j’ai décidé d’arrêter de lire les traductions des œuvres anglophones. Je ne regrette pas ce choix, mais certaines œuvres restent quand même assez coriaces à lire en VO, du coup je lis beaucoup moins vite et j’ai une petite pile de bouquins qui n’attendent que d’être ouvert.) par manque de temps et aussi pour ne pas déprimer encore plus.

So on The Road we go… (attention spoilers, pas pu éviter…)

Inutile de vous faire le topo Allociné, vous devez en savoir autant que moi sur le film, voire plus, c’est une adaptation assez proche du roman (d’après ce que j’ai pu lire, parce que malheureusement je ne peux pas juger du travail d’adaptation) hormis toute l’histoire avec la mère (sûrement histoire de pouvoir mettre Charlize Theron sur l’affiche du film et/ou faire dans l’émotion, montrer un choix différent de celui du père.).

Pour résumer très brièvement tout de même, dans un monde apocalyptique (on en ignore les causes et le fait que le film ne les aborde pas est un excellent choix (fidèle au livre en plus), car c’est avant tout le couple père/fils qui est intéressant), on suit la progression vers le sud, semée d’embûches, d’un père et de son fils qui essayent de survivre au jour le jour malgré tout.

Parce que ce billet traîne depuis près de trois semaines, et que je n’arrive pas à être satisfaite, on procédera par points. Le film n’a pas suscité un enthousiasme débordant, pas étonnant vu le sujet, mais je l’ai trouvé bon pour plusieurs raisons.

  • Il est éprouvant : le film aurait peut-être pu éviter certaines scènes assez complètement gores. J’en ai discuté longuement avec mon Grincheux, lui pense qu’elles sont superflues (peut-être parce qu’il en a assez de jouer les boucliers anti-scènes gores) et moi, même si c’était vraiment dur à supporter [1], qu’elles sont nécessaires parce qu’elles montrent l’horreur de la situation, où un grand nombres d’hommes ont perdu toute humanité et font preuve d’une cruauté barbare. Et le pire dans tout ça, c’est que c’est réaliste.

  • Il pousse à la réflexion : Quelqu’un se demandait si on pouvait vraiment les juger, en se disant que peut-être que si nous étions confrontés à une telle situation on agirait de même, je suis peut-être naïve ou tout bonnement incapable de survivre dans un monde barbare étant le fin produit d’un monde aseptisé et civilisé, mais je ne m’imagine pas un instant arriver au niveau des “méchants” et parquer des humains dans des caves et en découper des petits bouts chaque jour. Je n’ai pas non plus la prétention de dire que j’aurai ce courage insensé pour continuer à vivre dans un monde sans but. Sans doute que je choisirai la sortie par la petite porte, comme la mère. Malgré tout on ne peut pas s’empêcher d’admirer le choix du père pour la vie (pas celle de ces monstres, mais une vie où le mot humanité a encore un sens) et sa détermination à transmettre des valeurs humaines à son fils.

Le Père

  • Le duo père/fils : J’ai trouvé que les deux acteurs étaient bons et que le duo fonctionnait bien, même si, ça doit venir de mon profond manque d’instinct maternel envers les enfants, entendre le petit geindre me tapait plus sur les nerfs qu’autre chose. Oui, oui, je sais, le contexte, bien sûr, c’est moi qui suis anormale à n’éprouver aucune sympathie. Viggo, en quasi vieillard, a toujours un charisme inexplicable (voir photo ci dessus). Rien à dire, je l’ai trouvé impeccable. Les émotions du père sont très justes (il y a des scènes magnifiques, celle où il est confronté à un “bad guy” et qu’il doit se décider à l’abattre par exemple). Kodi Smit-McPhee, l’acteur qui joue le fils, était bon également, généralement je trouve les jeunes acteurs plutôt mauvais, mais là ce sont surtout les “Papa” à répétition qui m’ont agacée, à part ça, je trouve qu’il était convaincant.

  • Quelques passages qui m’ont particulièrement marquée : le moment où ils sont réunis devant un livre d’images où le père transmet à son fils ses souvenirs et son savoir d’un monde révolu, la fois où le père est sur le point d’abattre son fils pour lui éviter d’être traité comme une bête (même pire !) et être dépecé lentement, scène particulièrement forte, les divers moments de tendresse, une scène qui m’a fait rire : le petit découvrant le doux goût du Coca-Cola. Puis les deux moments, où le fils fait preuve de sympathie pour les gens qu’ils rencontrent. Les deux scènes montrent bien que c’est le fils qui permet au père de conserver son humanité, lorsqu’il lui demande “Are we still the good guys ?” en s’inquiétant des actions de son père, qui, certes nécessaires, lui font peu à peu oublier des notions simples comme la générosité et la sympathie, à force d’être constamment sur ses gardes.

  • La fin termine sur une note d’espoir qui ne fait pas de mal après l’éprouvante progression du père et du fils. J’en dis pas plus pour pas non plus tout gâcher.


The Road est un bon film (voire très bon film, j’hésite encore) qui n’épargne pas au spectateur des scènes difficiles à regarder, servi par de bons acteurs qui évitent le pathos facile, ce que ne fait pas toujours la bande, ce qui est légèrement agaçant quand les émotions que transmettent les acteurs, elles, sont justes et sans fioriture. A absolument privilégier en VO pour profiter du formidable travail des acteurs dont les conditions de tournage ont été particulièrement dures pour que les scènes soient réalistes.

Note

[1] à part dans les jeux vidéos, où je peux faire exploser un ennemi sans broncher jusqu’à ce que mon perso baigne dans le sang, je suis une vraie chochotte qui ne supporte pas les scènes un tant soit peu violentes

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