L'hypokhâgne, c'est pas le bagne !

Enfermée dans ma tour d’ébène [1] en plein Quartier Latin, dans ce cocon chaud et douillet, ce ventre maternel qu’est Fénelon, il m’est souvent difficile de me souvenir que la plupart des gens ne savent pas ce que c’est qu’une khâgne.

Ça m’empêche pas de dormir, je ne connais pas toutes les écoles que préparent les élèves en prépa scientifiques et éco et je pense que c’est normal, mais j’ai remarqué une chose, c’est que la prépa (je ne parle que de la khâgne et de ma propre expérience) se trimballe une ribambelle de rumeurs et de préjugés, que je trouve particulièrement insupportables. En même temps, il est vrai qu’il y a une part de vérité (pas de fumée sans feu comme on dit) et qu’il est difficile de s’y retrouver surtout quand on ne connaît pas du tout. Je me rappelle de tous mes doutes et de mes interrogations avant de choisir de faire une prépa.

Maintenant que je suis passée de l’autre côté du miroir, je me propose de vous guider en terra cognita.

Ces mots et expressions barbares [2] “hypokhâgne”, “khâgne”, “ENS Ulm”, “ENS LSH”, qui en jettent à celui qu’impressionne les sigles et les mots à plus de deux syllabes (je plaisante, ne jetez pas de pavés s’il vous plaît !), appartiennent tout simplement à un jargon d’initiés (j’oublie “concours blanc”, “colle”, “concours”, “spé machin…”, “cube/khûbe” ; ” BSG”,” Beaubourg” pour les Parisiens.). En maîtrisant ce vocabulaire de base, vous pourrez presque faire comme si vous étiez un khâgneux (on y reviendra dans un prochain billet).

L’hypokhâgne et la khâgne, ce sont respectivement la première et la deuxième année de préparation aux concours de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm (à Paris, près de la à côté du Panthéon [3]) et de l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines à Lyon (pour les anglicistes LSH, il y a également quelques places de linguistes à l’ENS de Cachan à dominante scientifique et économique). Il s’agit d’un cursus sélectif et éprouvant mentalement et physiquement.

Depuis la réforme des classes préparatoires, due au rapprochement des concours des deux écoles (Ulm et Lyon), les hypo sont moins spécialisées qu’avant (en théorie elles ne le sont plus, mais les options étant plutôt déterminantes pour la khâgne….). En pratique ça consiste à vous coller du latin ou du grec à raison de 2h obligatoire et 1h de culture antique, que vous le vouliez ou non. Pour ceux qui n’en avaient jamais fait, autant dire que la possibilité de choisir une khâgne Ulm à la fin (où il y a une épreuve de langue ancienne obligatoire) est plus que théorique. Pour ceux qui (comme moi) voulaient arrêter, le fait d’être forcé a seulement contribué à accroître notre mauvaise volonté et notre ressentiment (qui s’est estompé vers la fin de l’année, et maintenant les versions me manqueraient presque…).
Passons aux bons côtés de la formation, vous conservez toutes les matières du lycée \o/ Pour les indécis qui aiment tout, c’est parfait ! En hypo, la vie est rythmée par les trois grandes matières à dissertation (la littérature, l’histoire et la philosophie), suivies par les cours de LVA (changement d’appellation ridicule, pour ne pas dire LV1 qui laisserait entendre une supériorité par rapport à la deuxième langue vivante…LVA/LVB reprend exactement la primauté de la LVA par rapport à la LVB. Bref.) et les cours de géo. Sans entrer dans le détail, les cours n’ont rien à avoir avec ceux du lycée et les exigences sont évidemment supérieures. On s’en serait douté.

Je veux juste en venir à un point qui me semble essentiel : l’hypo permet avant tout de redécouvrir les matières du secondaire. Et ça peut complètement changer le rapport que vous avez avec des matières que vous pensiez adorer. Laissez de côté ce que tout le monde vous dit : excellente formation, culture générale…Ce n’est vrai que si vous y mettez du votre, pas de recette miracle.

En relisant ce billet entrepris entre les deux réveillons, j’ai hésité à tout effacer en me rendant compte que ce n’était pas synthétique et peut être même, pas clair. Du coup, je me lance dans une petite série de billets sur la khâgne, que je vais m’efforcer de mener à son terme.

Notes

[1] Toute l’ossature de mon charmant lycée étant en bois, les pyromanes sont particulièrement peu appréciés et sont priés de passer leur chemin.

[2] Pour ceux que l’étymologie intéresse, barbare c’est d’abord l’étranger, celui qui n’est pas Grec, et dont la langue, aux yeux, ou plutôt aux oreilles des Grecs, n’avait pas le doux charme des mélodieux alpha, beta, gamma. Les pauvres n’entendaient que des onomatopées vides de sens et discordantes. C’est un peu l’effet que produit chez moi un discours scientifique, malgré tout l’intérêt que je m’efforce d’avoir.

[3] Je tente ma blague khâgneuse qui ne fait sourire que moi et quelques amis en khâgne : Henri IV, la rue d’Ulm puis le Panthéon. Pour ceux qui n’auraient pas compris, les trois lieux sont tous situés à proximité.

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